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Programme EQUILIBRE ( Emergence 2020-2021)

Publié le 13 juin 2021 Mis à jour le 21 septembre 2021

Le projet Equilibre est coordonné par Henri Galinon (lauréat appel Emergence 2020-2021). Un programme financé par l'université Clermont Auvergne.

La notion d'un agencement qui se soutient de lui-même traverse sous différentes formes l'histoire des tentatives philosophiques pour penser l'unité d'une pluralité, en particulier dans l'application métaphysique aux notions-limites de monde, de totalité, ou d'ordre autonome d'une région de l'être. La force et la difficulté de la notion d''équilibre comme "ce qui tient tout seul" est qu'elle relève à la fois d'une pensée de relation et d'une pensée de la constitution : parce qu'il se soutient lui-même, l'équilibre est constitutif d'une unité ou d'un ordre, mais il s'agit d'un ordre immanent à la pluralité de ses constituants, dont la description n'appelle pas de référence à une intention, une volonté ou des forces extérieures à celles en jeu dans la relation des éléments en présence. Réciproquement il semble qu'une pensée qui mette au cœur de ses efforts de représentation du monde l'idée d'équilibre soit d'abord, pour le dire vite et en première approche, une pensée de la relation et de l'immanence plutôt que de la substance et de la transcendance.
 La notion d'équilibre, avec son degré de généralité, n'est pas encore une notion consacrée des études philosophiques. Les historiens lui ont préféré les déterminations plus précises qui jalonnent l'histoire des systèmes (p. ex. la symétrie, l'harmonie, la nature ou la justice, dans telle ou telle philosophie antique ou moderne par exemple ) sans qu'il ait jusqu'à présent été jugé fécond de dégager la notion générale d'équilibre et d'y consacrer une étude à part. Il n'est pourtant pas impossible que le moment soit désormais propice à une telle tentative. 
Tout d'abord la notion d'équilibre est devenue centrale dans la représentation scientifique contemporaine du monde. Historiquement, cette importance des descriptions et explications en termes d'équilibre a été le produit et souvent le moyen de la "naturalisation" progressive des différents domaines de la connaissance depuis la physique du dix-septième siècle. Aujourd'hui les équilibres sont descriptivement et méthodologiquement centraux non seulement en physique, mais également dans les sciences de la vie (en particulier en écologie), en géographie physique ou encore en économie. Dans le cours de ces développements, le registre des équilibres s'est considérablement étoffé, tant dans la variétés de ses formes (de l'équilibre statique d'un petit système isolé des débuts aux équilibres dynamiques complexes contemporains), que dans la nature des éléments constituants (des corps solides massifs de la physique newtonienne, aux agents intentionnels de la théorie économique des jeux). Deuxième motif à l'appui de son étude philosophique, la notion d'équilibre continue en outre de jouer un rôle normatif informel pour bon nombre de pratiques : en médecine ou en droit pour ne citer que deux exemples, mais également dans de multiples pratiques politiques ou éthiques publiques ou privées. A l'idée évoquée en commençant que l'équilibre se présente tantôt comme simple propriété d'une relation tantôt qu'elle a valeur de critère constitutif d'une unité fait ait écho ce double constat des usages à la fois descriptifs et normatifs des équilibres. Un troisième motif enfin justifierait sans doute à lui-seul que nous prenions aujourd'hui le temps d'une réflexion philosophique sur les représentations du monde en termes d'équilibre : c'est la force avec laquelle s'impose à notre époque de produire une pensée écologique de la condition de l'humanité. Or l'écologie politique est une philosophie de l'équilibre : la question est de savoir la place que l'équilibre occupe dans le sytème de nos fins. Le sens de l'histoire depuis l'humanisme puis les lumières a été de mettre l'accent sur la source de finalité que l'homme était pour lui-même, et de mettre du même coup au premier plan de la reflexion sur notre condition historique la notion de progrès. La composition avec les équilibres qui s'imposent à nous sont-ils les moyens nouveaux de ce progrès et la continuation de cet humanisme, ou bien s'agit-il désormais d'inverser les termes de notre réflexion sur la condition historique de l'humanité pour revenir par delà l'humanisme à une pensée de l'équilibre au sein de laquelle serait désormais à une place subordonnée l'idée et la possibilité d'un progrès et de la poursuite d'une fin propre de l'humanité.  
 
Ecologie, physique, économie, anthropologie, psychologie, histoire des religions mais également métaphysique, philosophie politique et morale, épistémologie, le programme Equilibre sollicite philosophes et scientifiques pour interroger les représentations du monde passées et présentes en termes d'équilibre, leur histoire, leurs usages contemporains, leur charge métaphysique et leurs effets normatifs.